Education : il faut positiver ! (partie 2)

L’éducation a beaucoup changé en une génération. « Il y a quelques dizaines d’années, raconte Catherine Collignon*, l’éducation des chiens était confondue avec le dressage, une discipline venue de l’armée. Les dresseurs utilisaient des connaissances empiriques et militaires, dans un but opérationnel : recherche, défense… Par la suite, des clubs ont été créés pour formaliser des disciplines de dressage, par exemple, le ring ou le mordant, qui sont encore pratiquées aujourd’hui… ».

Du côté du grand public, des méthodes coercitives ont été les premières à avoir été utilisées : « Les gens se sont mis à éduquer leur chien comme on éduquait les enfants il y a un siècle, raconte Isabelle Vieira, c’est-à-dire en dressant une liste d’interdits : « le chien ne doit pas : monter sur le lit, aboyer, courir, manger cela, faire pipi ici, etc….”

Ces méthodes dites coercitives font appel principalement à la punition positive plutôt qu’au renforcement positif. « À l’époque, explique Catherine Collignon, les dresseurs n’hésitaient pas à faire mal, par exemple à pincer et à relâcher la douleur lorsque le chien arrêtait ». Ce type d’éducation s’est vite répandu. « Les comportementalistes et les vétérinaires ont alors formalisé des règles d’éducation basées sur la hiérarchie, la dominance avec des pseudo discours éthologiques et
scientifiques ! », rappelle Isabelle Vieira. Les deux principaux diagnostics portés à cette époque étaient alors : « votre chien se prend pour le dominant » (trouble de la hiérarchie) et « votre chien n’a pas appris à être seul, donc il est anxieux quand il l’est ! » (anxiété de séparation). On sait aujourd’hui que tout ceci est faux : non seulement la théorie de la dominance a été élaborée sur des bases fausses mais le regard porté sur l’anxiété de séparation a aujourd’hui complètement changé. « Et si ces théories ont perduré aussi longtemps, ajoute Isabelle Vieira, c’est par ce qu’elles avaient un écho dans notre société, la culture de la peur et du principe de précaution ! Les gens veulent des chiens mais qui n’aboient pas, ne courent pas, ne lèvent pas la patte, bref des chiens invisibles ! ».

Pourquoi bannir les méthodes collectives ?

Les méthodes traditionnelles sont d’une efficacité redoutable puisque le chien est immédiatement stoppé dans son comportement. Mais en même temps, associer un comportement non souhaité à une punition crée de l’angoisse et de la peur. Un exemple ? Si vous forcez votre chien à stopper lorsqu’il va vers un chien ! (par exemple avec un collier électrique, ou en tirant brutalement sur la laisse), il associera tout ce qui est dans son champ de vision à une notion dangereuse et négative (le chien, mais aussi le vélo, la personne qui est avec le chien…). De même, si vous criez ou tapez un chien, ce dernier associe la présence du maître à quelque chose de désagréable. Si tout ce qu’il fait est suivi d’une punition, le chien finira par se résigner et par ne plus rien faire. C’est ce que les éthologues appellent l’impuissance apprise (ou acquise). Un grand nombre de chiens et de chats seraient ainsi totalement inhibés.

Et comme le résume Benjamin Vassoney*, « Il est bien plus facile d’arrêter un comportement gênant par une punition que de lui en apprendre un autre ! Les gens pensent que cela va plus vite. Mais la punition modifie la forme mais pas le fond ! Il faut se soucier du coté émotionnel de l’animal. À terme, la punition est une catastrophe pour la relation entre le chien et le maître ! »

L’exemple des écoles du chiot

Fuyez les écoles du chiot qui demandent à un chiot de 4 mois d’obéir et de rester immobile ou celles qui lâchent votre chiot au milieu de 15 autres sans observation ni surveillance !
Fuyez les éducateurs qui vous diront : « Votre chien doit faire ça ! » « Il ne doit pas grogner ! » « Vous devez avoir le dessus ! » « Vous êtes le chef de meute ! » « Votre chien est dominant ! » « C’est un chien difficile, il faut lui faire comprendre ! ».

Vive les méthodes positives et amicales !

L’éducation positive utilise d’autres moyens que la punition pour se faire comprendre. Le but de l’éducation positive est de permettre au chien de supporter les contraintes en étant heureux !
Le principe est d’associer un comportement à une récompense ! En effet, les méthodes coercitives ont été remises en cause par tous ceux qui ont compris que les animaux étaient capables de réfléchir et de communiquer. On s’est aperçu que lorsqu’un chien ne veut pas faire quelque chose, ce n’est pas qu’il est dominant, mais c’est parce qu’il ne vous a pas compris !
Et les chiens mettent beaucoup d’intensité et d’énergie à essayer de nous comprendre. Ils sont capables de lire sur le visage vos émotions et de calquer leur état émotionnel sur le vôtre : gai, si vous êtes gai, triste ou stressé si vous l’êtes aussi.

Pour mieux communiquer, le clicker-training est un moyen magique pour lui apprendre des mots et pour dire à votre chien ce que vous attendez de lui. Catherine Collignon a été la première dans les années 2000
à l’introduire en France. Cette technique permet de communiquer par association : un clic est associé à un comportement (s’asseoir) et à une récompense et à un mot (assis) ou à un geste.
Au bout de plusieurs répétitions, on supprime la récompense et le clic et il ne reste que le mot et le comportement ! Ceci permet d’aller plus vite et de dissocier l’intervention du maître. C’est ludique et ça fonctionne à long terme !

Respecter la nature du chien

Sachez toutefois que l’éducation positive et amicale n’est pas une succession de recettes car chaque chien est différent. Le seul point commun à la mise en pratique des méthodes d’éducation positive, c’est le respect des chiens ! « L’essentiel, explique Benjamin Vassoney, est de trouver ce qui otive le plus le chien. Pour l’un, ce sera une friandise, pour l’autre un jouet. Mais pour la plupart des gens, le plus difficile est de comprendre que le chien n’a pas le même langage que lui. Chaque chien est différent, d’où l’intérêt de s’intéresser au comportement de nos chiens pour arriver à les comprendre et mieux communiquer ! »
Chaque individu a des aptitudes naturelles en fonction de sa race. Certaines ont été sélectionnées pour la chasse, le gardiennage de troupeau, la garde de la maison… Celles-ci sont appelées « les patrons moteurs » par les spécialistes du comportement. Par exemple, les terriers aiment creuser, se faufiler dans des galeries et des tunnels. Les Cockers et les chiens de chasse aiment utiliser leur odorat et chercher des
objets. Les beagles aiment la vie en meute. Le Terre-neuve et les Labradors adorent l’eau. Les Bergers sont stimulés par le mouvement et courent après des balles ou des frisbees.

Pour que votre animal soit heureux, il est important de connaître et satisfaire ses aptitudes naturelles. Vous pouvez ainsi demander au chien de faire quelque chose de contraignant pour lui (vous attendre, ne pas courir après un vélo, marcher au pied…) avec ensuite comme récompense la possibilité de
faire quelque chose qui ne pose pas de problème et qui lui est naturel (courir, jouer, nager…). Le chien doit avoir envie de faire des choses avec nous ! L’éducateur doit être incitatif et non correctif. Soyez un guide qui s’adapte, un coéquipier pour votre animal : apprenez à faire équipe et à jouer dans la même équipe !

L’éducation positive est universelle ! 

Tous les animaux sont éligibles à l’éducation positive dans la mesure où elle consiste à encourager et renforcer un comportement souhaité et à ignorer un comportement gênant.
Seul le langage diffère car chaque animal a ses propres motivations !
Si vous souhaitez que votre chat rentre le soir, associez l’appel de son nom et son retour à une caresse ou à une friandise !
Du côté des chevaux, on s’est aperçu que l’utilisation du mors ou un certain type de monte, pouvaient être douloureux pour le cheval.

Les techniques d’équitation éthologique ont aussi été développées et fait évoluer la communication avec l’animal. Sans mors, sans rênes et parfois sans selle, la communication avec le cheval doit passer par les mots, les gestes, la psychologie. Un grand nombre d’animaux, des poules aux éléphants, peuvent être renforcés (par exemple au clicker) dans un comportement pour les soigner, les distraire et rendre leur quotidien plus agréable.

L’éducation des chiens en chiffres

• 82% des chiens présenteraient des signes de stress
• 80% des éducateurs utiliseraient encore partiellement des méthodes coercitives
• 500 000 morsures par an (50 000 déclarées) seraient dues à une mauvaise relation entre le chien et son maître.
• La moitié des abandons (100 000) seraient dus à des problèmes de comportement ou d’éducation
• 95 % des comportements gênants peuvent être

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